La DGEO et la DGNSI (service informatique de l’Etat) ne manquent pas d’idées pour contraindre absolument tous les enseignant.e.s à avoir et à utiliser leur matériel personnel (ordinateur, téléphone portable) pour le travail. Deux épisodes récents le démontrent.

Au coeur de l’été, l’authentification forte s’impose pour le compte edu-vd, qui donne accès à Office 365 et à la nouvelle adresse e-mail professionnelle qui remplacera educanet2, ainsi qu’au réseau wifi dans les écoles. Cette procédure d’authentification nécessite presque obligatoirement un téléphone portable.

Début septembre, les détenteurs d’une carte MATRICS pour l’accès au portail IAM (NEO, PAREO) reçoivent l’information selon laquelle ils.elles ne peuvent conserver cette carte pour l’authentification forte qu’à condition de se rendre à Renens pour aller la chercher! Sinon, le passage à l’authentification par SMS (et donc l’usage du téléphone portable privé) s’imposera.

C’est intéressant. A l’ère du numérique et de la fibre optique dans les écoles, une administration n’est plus fichue d’envoyer un courrier, si nécessaire recommandé, pour adresser un document confidentiel.

La manoeuvre est claire. L’obstacle est posé pour forcer l’usage du téléphone privé pour les tâches professionnelles, pour l’entier des enseignant.e.s. Fort bien. Qu’en est-il alors des obligations relatives aux fournitures de matériel par l’employeur? Car les enseignant.e.s paient désormais plusieurs fois pour travailler: en achetant un ordinateur, un téléphone, et maintenant en devant se déplacer, pour certain.e.s loin, pour aller chercher un bout de papier.

Ainsi qu’elle l’a répondu aux collègues du Belvédère qui lui avait écrit, la Cheffe du Département ne considère pas que l’équipement des enseignant.e.s en matériel pourtant indispensable à l’exercice de la profession fasse partie des obligations de l’employeur. En résumé, pour travailler, vous êtes obligé.e d’avoir un téléphone portable, pour ainsi dire obligé.e d’avoir un ordinateur (vu le nombre misérable de postes de travail dans les écoles), à vos frais!

Ça suffit! Le fait que le téléphone soit un outil essentiellement dédié au domaine privé ne justifie pas que l’employeur rende son utilisation obligatoire au travail. Quant à l’ordinateur, c’est de fait un outil professionnel indispensable; et combien d’enseignant.e.s ne l’utilisent d’ailleurs essentiellement que pour travailler?

Le tour de force de Mme Amarelle, ce n’est pas seulement de numériser l’école sur des principes qu’il ne faut jamais cesser de discuter (voir nos publications en référence en bas de page à ce sujet), c’est de faire payer une partie du coût de l’opération à ses employé.e.s.

Nous rappelons notre revendication, très simple: une indemnité quinquennale de CHF 2’000.- pour tous les enseignant.e.s pour l’équipement personnel en matériel numérique nécessaire pour le travail.


Sur l’école et le numérique, on lira aussi la Lettre des gymnase n° 79 sur “le climat, les écrans et les claviers bien tempérés”. On lira toujours avec intérêt la Lettre des gymnases n° 78 “Aux arriérés du numérique et à la nouvelle ministre du temps libre” et “La formation numérique, un Cheval de Troie: vers un formatage des institutions dans une école sans enseignants?” par Peter Hensinger, paru dans Horizons et débats en juillet 2017. On regardera aussi avec intérêt la conférence d’Alain Damasio.

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